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La Guerre de la fin du monde Details

Alors que le Brésil, en renversant l'empire et la société traditionnelle, se dote d'une république musclée, un prophète se lève dans le désert du Nordeste pour, rassemblant les gueux, prostituées, monstres et bandits du sertao, fonder une sorte de phalanstère mystique. Un Ecossais, anarchiste et phrénologue, le suit à la trace et cherche vainement à rejoindre ce paradis libertaire, mais ses pulsions humaines, trop humaines, viennent ruiner ses espoirs. Cette cité rebelle aux lois, qui fulmine contre l'Antéchrist et refuse en bloc le paiement de l'impôt, le système décimal, le recensement, la circulation de l'argent et l'économie de marché, résistera victorieusement à trois sanglantes opérations militaires avant de succomber.

Reviews

Sans doute une de mes plus belle lectures depuis plusieurs années?Ce livre est incroyable, il réunit (à mon humble avis) tout ce que la littérature peut et doit proposer à un lecteur d??aujourd??hui ; le style, sans lequel une histoire pareille, qui dure 700 pages ne serait pas « lisible », et le style de Mr Vargas Llosa nous tient en haleine tout le long du récit, la construction savante de celui-ci, on pourrait presque dire le découpage, avec de nombreux retours en arrière, et surtout avec tous ces personnages qui apparaissent les uns après les autres, et vont tous jouer un rôle de premier plan à un moment précis de l??histoire, certains vont se rencontrer, d??autres non, beaucoup vont assumer leur destin, quelques uns serviront de fil conducteur à l??intrigue (le journaliste, le baron, ?). Tous ces personnages, qu??ils soient bandits (cangaceiros), hommes politiques, militaires, aventuriers, paysans du Sertao Brésilien, curés, femmes du peuple ou de l??aristocratie, ont des personnalités complexes et passionnantes, et ce foisonnement psychologique est d??une richesse peu banale?Mais après le style et la psychologie, il faut citer l??action, car ce livre est un "grand western", et comment ne pas être saisi ou surtout être boulversé par toutes les violences qui émaillent le récit, que ce soient les viols, les embuscades, les scènes de guerre terribles, et bien sur les derniers jours de Canudos, où on se retrouve quelque part entre Fort Alamo et les tranchées de Verdun?Mais tout cela ne serait rien (et pourtant on aurait déjà affaire à un très bon roman) sans ce qui fait, à mon sens, le génie de ce livre et lui donne une dimension universelle, ce sont les idées de toutes sortes qui, presque à chaque page, nous renvoient à une réflexion sur la religion (le sectarisme et l??intégrisme), la démocratie (la jeune république du Brésil face aux conservateurs), le rôle du journaliste dans un conflit (selon le camp dans lequel il se trouve), le cynisme en politique (la fin justifie les moyens), le poids d??une idéologie forte sur les consciences (avec le don de soi, les martyrs?), la rédemption des plus mal lotis (les infirmes) ou des plus dépravés (les assassins), la peur qui envahit et paralyse tout être un tant soit peu rationnel qui se retrouve piégé à Canudos, et heureusement l??amour qui peut éclore dans la pestilence des ruines et le fracas des bombes?Je ne suis pas passionné par les sujets religieux ou théologiques, mais « Le Conseiller », sujet central du livre, qui est paradoxalement (et volontairement sans doute) le personnage le moins fouillé, peut nous hanter quelque temps, car ce Jésus Christ de la fin du 19e siècle, illuminé ou véritable prophète, a su par son humilité, ses paroles de bon sens et son ascétisme, rallier tous les pauvres de cette terre désolée? mais cette utopie communautaire très généreuse, qui peut faire penser à un Kibboutz des pionniers du jeune état Israélien, chaque arrivant est reçu à bras ouverts et reçoit un lopin de terre, les plus vieux et les malades sont pris en charge (gratuitement!), et qui parait viable économiquement, ne l??est pas politiquement car se situant en dehors des lois de la République, et surtout en dehors de l??argent et des impôts, alors pour régler le problème les « chiens » viendront de la ville et dévoreront tous ces Jagunços !!Mais personne n??oubliera après cette lecture, Jurema (Mimosa), le Nain et le journaliste myope.Merci Mr Vargas Llosa pour ce livre, vous êtes un très grand écrivain (votre prix Nobel de 2010 n??est pas usurpé), votre littérature est belle et puissante, et vous me faîtes parfois penser à un autre monstre sacré, Mr Victor Hugo?

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